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Carnets d'une grand-mère inspirée
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Archive pour décembre, 2007

Chronique 3 – L’événement déclencheur

décembre 30, 2007 Par: Christiane Inspirée Catégorie: Chroniques Aucun commentaire →

3- L’événement déclencheur

Nous étions à la veille de Noël. J’avais été rappelé. C’est bien à contre cœur que je remontais tranquillement car à quelque part, j’aimais la viande et ne rechignais pas sur un verre de vin rouge. En plus, et ce n’est pas courant pour les anges, je m’intéressais beaucoup, beaucoup trop peut-être à ce que les êtres humains appellent la politique.

Ce rappel m’angoissait passablement. Mes ailes en avaient frémi et s’il m’avait été possible de tomber dans le désespoir, ce avec quoi mes fonctions et ma nature étaient totalement incompatibles, j’aurais piqué du nez tombé en dépression, perdant à jamais mes ailes déjà passablement fripées.

C’est dur d’être un ange mais cela l’est bien davantage d’être humain car il faut conserver la foi et l’espérance et survivre à tous les désenchantements. On m’avait rappelé. Je me demandais pourquoi ? Je n’avais aucune envie de remonter. Je goûtais ici-bas aux nourritures terrestres. Je crois que je savourais et prenais un goût réel pour les illusions et les enchantements du monde. Ces enchantements transcendent la condition bête et finie de la nature humaine. Et comme ces humains que je fréquentais, je me laissais bercer par ces projets absolument fabuleux de changer et de rénover le monde. Il fallait bien que je me rende compte, j’étais fait pour le bruit et le brassage et j’allais m’ennuyer tellement, tellement dans si peu de temps. Était-ce la boisson, ou la viande, la cigarette car j’avais aussi expérimenté cette forme d’évasion. De quelle façon avais-je attiré l’attention du Tout Puissant sur moi ? Je n’y comprenais rien. Mais on m’avait rappelé. Et avant de rentrer, je voulais me rappeler à mon tour.

Parlons Courte-pointe

décembre 26, 2007 Par: Christiane Inspirée Catégorie: Courte-pointe Aucun commentaire →

Faire de la courte-pointe La courte-pointe est ce que les anglophones appellent du Patchwork. Faire de la courte-pointe c’est réaliser avec des restes de tissus des ouvrages qui servent de couvertures, de coussins ou de jetés. Pour réaliser leurs ouvrages, les femmes utilisaient des restes de tissus de toutes sortes. On retrouvait ainsi sur leurs courtes-pointes des morceaux de leur vie. Ici le reste de la robe de Pâques ou des fiançailles de Marie, là, un reste des rideaux du salon, quelques morceaux, les meilleurs échappés à la catalogne. Dans leurs cuisines, confectionnant leurs courtes-pointes, les femmes faisaient de la récupération bien avant l’heure, bien avant la mode. Ma grand-mère en avait une faite entièrement des cravates, elle était magnifique quoique un peu sombre. La courte-pointe réunissait les femmes autour du même projet. On se rencontrait entre femmes de la même famille ou entre voisines ou alors entre femmes tout simplement pour confectionner un ouvrage destiné à réchauffer quelqu’un qui en avait besoin. La courte-pointe était un prétexte à des échanges où l’on se racontait les dernières nouvelles, où l’on se donnait des trucs, des recettes. C’était l’occasion pour les femmes de parler de leurs projets, de parler de leurs inquiétudes et de trouver du soutien. Comme on peut le constater, la courte-pointe avait aussi des vertus sociales et curatives.

Sur une naissance…

décembre 24, 2007 Par: Christiane Inspirée Catégorie: Nouvelles Aucun commentaire →

Le 25 décembre les chrétiens fêteront Noël. Je suis née dans une famille catholique où on a toujours fêté Noël.

Je me rappelle de la crèche sous le sapin, des Rois Mages un peu à l’écart qui s’amènent auprès du nouveau-né, des bergers avec leurs moutons. J’avais mon propre mouton, il avait perdu une patte dans la boîte des décorations, chaque jour je le rapprochais de l’étable où se trouverait le petit Jésus. Il y avait encore deux ou trois sapins verts qui ressemblaient à des brosses et un ange avec sa trompette plaçé sur le toit de la crèche.

Ce sont les souvenirs de mon enfance, et je ne me fatiguais pas du tout de réentendre l’histoire de de couple pauvre qui n’avait pas trouvé de place à l’hôtel pour que le bébé puisse naître au chaud. Chaque fois la même histoire, à chaque fois le même émerveillement.

Durant cette période, la maison sentait bon les épices, ma mère et ma grand-mère chantaient des cantiques que nous reprenions en écorchant les mots GLO ….Oh Oh OHOHOO….. RIA… IN EXCEL….CIS…DEO.Le Cis deo déboulait littéralement de nos bouches prises sur la note de EXCEL.

J’étais une enfant et j’étais complètement immergée dans cette athmosphère fantastique et miraculeuse. Ma mère quand elle ne cuisinait pas, nous confectionnait dans des coupons, notre robe de Noël.

Il y avait tant d’espoir, tant d’attente, tant de joie anticipée, tant d’amour dans tous les gestes que nos parents posaient. On attendait en plus de l’Enfant Jésus, la visite de toute la famille.

Je garde encore au fond de moi, cet esprit hérité de mon enfance. J’attends avec impatience et espérance le nouveau-né qui représente pour moi, cette partie de nous capable d’émerveillement, capable de croître en sagesse, en humanité.

Un nouveau-né, c’est une nouvelle vie qui commence. Je crois que cette fête dans un mois où les jours ont raccourci jusqu’au solstice et recommencent à grandir, nous amène à réfléchir sur le recommencement. Cette période qui arrive une fois par année nous permet de nous interroger sur notre vie. On peut alors décider de ce que l’on veut conserver pour continuer notre route et abandonner les habitudes et les tournures d’esprit qui empoisonnent notre vie.

Conte de Noël

décembre 18, 2007 Par: Christiane Inspirée Catégorie: Nouvelles Aucun commentaire →

Légende urbaine

Deux grands yeux profonds, des cernes lui dévorant le visage, une maigreur épouvantable. C’est ainsi qu’elle m’apparût la première fois. Elle avait les mains rougies par le froid et dans la file qui attendait l’ouverture de la cantine, elle se balançait d’une jambe à l’autre. Comme tous les autres, elle avait faim et l’assiette qu’on lui servirait serait sans doute son seul vrai repas de la journée. On ne pouvait pas dire qu’elle était jolie. Son linge lui moulait le corps et pour plusieurs, elle représentait la fugueuse qui pour survivre se prostituait. Je fis comme je fais pour tout le monde, je lui souris et lui dis bonjour.

Comme les autres, elle ne me voyait pas mais cela n’avait aucune importance, je n’étais pas là pour nouer des relations mais juste pour servir de la soupe et une assiette chaude. Une fois assis à leur table, la plupart en dégelant commençaient à se détendre et à s’intéresser un peu à ce qui se passait autour d’eux. A la chaleur, devant un repas, l’humanité revenait.

Cela se sentait dans le fait qu’il n’y avait plus de bousculade et que certains parlaient. Avec son plateau elle se déplaçait vers une table, je m’aperçus qu’elle était enceinte.Sa grossesse était avancée, au jugé, au huitième mois. Je me suis demandée comment il se faisait qu’elle soit encore dans la rue et ce qu’elle faisait là.La rue n’est pas pour les enfants et pourtant, ils sont bien nombreux à s’y retrouver. De mon poste, en servant les dîners, je suis toujours surprise de les voir s’agglutiner devant la porte pour être les premiers à se faufiler dans la salle. En préparant leur soupe je m’effraie moi-même de les voir de plus en plus jeunes, de plus en plus malheureux. Ils sont bien souffrants et souvent, si je n’avais pas appris à les connaître, ils me feraient peur avec leurs tatouages, leurs nez, oreilles, sourcils et bouches percés et décorés de ces horreurs dont ils se parent. Elle était nouvelle à la soupe, elle se mit à l’écart, solitaire. Elle avait pris un sac qu’elle remplit avec la pomme et le muffin pour emporter que l’on permettait de prendre pour après. J’ai eu le goût de lui offrir de venir se chercher une paire de bas ou un gilet peut-être un manteau plus chaud mais je n’en fis rien. J’avais depuis longtemps perdu l’attitude condescendante et paternaliste qui était mienne lorsque j’étais arrivée au centre comme bénévole. A ce moment-là, je croyais que l’on pouvait vraiment aider les autres jeunes et vieux, les aider contre leur gré s’il le fallait.

Depuis le temps que je coupais les carottes pour la soupe, depuis le temps que je servais cette même soupe avec un sourire et un bonjour rarement rendu, mes illusions sur le service que je pouvais rendre et la misère que nous étions en mesure de soulager avaient fondus comme neige au soleil. Chaque jour que le bon Dieu faisait, de nouveaux oubliés et de nouveaux pauvres de plus en plus jeunes venaient frapper à nos portes.

Souvent, les jours où je me prenais pour Dieu, je finissais par croire que tout cela n’avait pas de fin. Mais pour cette petite, qui , maintenant venait chaque jour et à qui je refilais une orange ou une pomme il me semblait que cette situation n’avait pas de sens. Je ne pouvais pas accepter de la voir ainsi, les mains gelées, pas de foulard même si on lui en avait donné un, avec ses espadrilles au lieu de bottes, la cigarette au bec et ces horribles bijoux qui la défiguraient. Plus sa grossesse se développait plus elle maigrissait, au point que l’on ne voyait plus que son bedon énorme difforme. Curieusement, dans la cantine, cette grossesse avait fini par symboliser l’espoir, en dépit de toute raison, la plupart des sans abri à qui nous servions un repas attendaient cet enfant à naître. Sauvage, la petite ne laissait personne s’apitoyer sur son sort. Je crois que contre toute attente, certains retrouvaient un semblant d’humanité. C’est comme si, subitement, plusieurs acceptaient de prendre soin à nouveau, acceptaient la projection et une forme de foi pas dans l’avenir mais juste dans demain. Les échanges étaient moins agressifs, on lui réservait souvent la meilleure place, celle le plus loin de la porte, en dehors des courants d’air. On la faisait passer dans la file d’attente et elle rentrait la première. Les regards étaient moins durs, j’en surprenais qui lui disaient un mot. Je crois que tous, subitement redécouvraient qu’ils étaient plus que leur misère, plus que leurs frustrations plus que la somme de leur malchance. Et puis on ne la revit plus. Notre petite ne revint pas. Il faisait froid à pierre fendre, on était tous inquiets. Le miracle s’était bien produit, un enfant avait changé nos cœurs. Quelqu’un quelque part a raconté que notre petite avait été ramassée par la police et qu’elle avait été amenée à l’hôpital. Dehors en ces jours de fin décembre nous respirions mieux, elle était au chaud avec le petit, le miracle. C’était Noël. Et j’ai remercié le ciel qu’elle ne soit pas morte dans ces immondes piqueries, victime d’une overdose de misère, son petit cœur vraiment en manque. Et si les enfants, tous les enfants, comme il y a deux mille ans, étaient là juste pour attendrir nos cœurs de pierre. Et si, pour nous qui ne sommes pas encore et totalement humains, la souffrance des enfants n’existait que pour que nous parvenions à l’humanité. ‘J’avais froid et j’avais faim, tu t’es penché sur moi et tu m’as souri et j’ai senti que j’étais aimé’. Jamais plus je ne serai pareil. VOILÀ LE MIRACLE!

Une belle réalisation, une autre.

décembre 08, 2007 Par: Christiane Inspirée Catégorie: À l'aiguille Aucun commentaire →

Je vous parlais il y a quelque temps de cette dame qui fabriquait des pantoufles. Elle n’en était pas à sa première réalisation car elle les collectionne les bonnes idées, les élans du coeur qu’elle réalise.

Vous savez que le Père Noël visite les personnes âgées et que sa hotte est remplie de cadeaux. En prévision de cet événement cette personne avait acheté dans les friperies pour démunis 250 petites peluches que le Père Noël a pu donner aux usagers de ce foyer. Pourquoi de peluches à des personnes âgées. Elle m’a confié que les peluches réconfortent les petits comme les grands. Elle m’a parlé des témoignages qu’elle a recueillis des gens autour d’elle.

Parfois, c’était la première peluche qu’ils avaient reçue dans leur vie. Pour certains cette peluche est devenue un confident car dans les foyers, parfois on est bien seul, parfois ces peluches ont fait plaisir à un petit-enfant qui s’y intéressait. Un grand-parent est toujours prêt à faire plaisir à un petit.

Pendant toute une année, elle a ramassé des peluches, qu’elle a lavées, peignées, habillées si les vêtements étaient brisés. Pendant toute une année elle a entassé pour le Père Noël, ces peluches auxquelles elle a transmis parce qu’elle les as tenues dans ses mains, l’amour et le réconfort qu’elle imaginait pour les gens auxquels elle destinait ce cadeau.

Ces peluches payées 50 cents, un dollar au plus sont devenues précieuses par l’intention qu’elles contenaient, elles étaient remplies d’amour. De l’amour prêt à se déverser. Il n’y a pas à chercher ce qu’il nous faut faire pour être heureux. Les petits élans qui viennent du coeur et qui se matérialisent apportent le bonheur.