Première histoire suite…

Tout intéressait cette petite fille.  Par exemple, jamais elle ne côtoyait un chat sans le saluer et lui parler un peu, sans lui dire que sa couleur était belle et son poil doux.  Les chats l’aimaient aussi et arrivaient dès qu’elle faisait le bruit magique et irrésistible qui parle aux chats, bruit qu’elle avait découvert des étés auparavant.

Elle n’avait pas de petits amis dans son entourage, elle vivait avec des adultes car la maison de ses parents était isolée, ce qui l’amenait à passer de longs moments toute seule.  Elle ne savait pas non plus ce que c’était de vivre avec des enfants et de nombreux enfants car elle était trop petite pour aller à l’école et ne savait pas encore ce que cela représentait.

Je ne crois pas qu’elle savait ce que c’était de s’ennuyer car si elle voulait voir des gens, elle pouvait aller voir ses grands-parents ou sa tante qui demeuraient tout près et en dehors de vouloir les voir elle avait quantité d’autres activités et de jeux qu’elle faisait elle-même.  Par exemple, elle avait essayé de parler écureuil et couchée par terre sous les grands pins, elle parlait couramment écureuil et leur racontait des histoires où il était question de glands et d’arachides et des meilleures cachettes pour les enterrer.  Elle se promenait presque toujours  les poches pleines de peanut autant pour en manger qu’en partager.

Elle était aussi experte en cris d’oiseaux qui sonnaient à son coeur comme des chansons.  Elle avait eu en cadeau un livre où les oiseaux du Québec étaient représentés.  De plus, avec sa mère, elle avait photographié ceux qui habitaient près de chez elle.  Elle ne se laissait pas de les regarder et de tenter de leur parler.  Sa mère était capable se siffler et elle s’exerçait à faire de même.

Ce qu’elle ne comprenait pas encore c’était que l’on puisse manger les belles truites du lac.  Son grand-père en pêchait parfois et elle faisaient partie de leur menu de fête.  Elle l’accompagnait quand il partait à la pêche.  Elle restait silencieuse et attendait sans bouger que la truite morde à l’hameçon.  Comme son grand-père, elle admirait la force de la truite au bout de la ligne et essayait de voir comment elle pourrait communiquer autrement que par la pensée avec le poisson moucheté qui avait été un habitant du lac.

Parfois dans ses promenades elle voyait des lapins. Sa mère lui avait dit que c’était des lièvres.  Ils étaient blancs en hiver et bruns à l’été et parfois ils avaient du brun et le bout de leurs pattes était blanc.  C’était pour elle les plus mystérieux.  Comment des lapins blancs pouvaient-ils devenir bruns comme ça en quelques jours.  Si elle les avait rencontrés chaque jour elle aurait pu remarquer la métamorphose mais comme ses rencontres étaient épisodiques, elle ne savait pas encore comment tout se produisait.

Un matin, ce matin-là, elle avait rencontré l’animal le plus fabuleux qu’elle n’avait jamais vu, une biche qui s’était aventurée sur le chemin menant au lac.  Elle s’était arrêtée pour ne pas l’effrayer, la biche s’était retournée et l’avait regardée un peu d’effroi dans les yeux.  La petite fille avait bien senti que cette-fois elle vivait une rencontre hors de l’ordinaire et qu’il fallait qu’elle établisse rapidement la communication.   Elle se figea indiquant à la biche son intention de ne pas intervenir ou d’envahir son territoire et dans sa tête, elle conçut un message d’amour qu’elle lançat étant certaine qu’il rejoindrait le coeur de la biche.

Puis l’animal détala en la regardant.  La petite fille se dit qu’elle ne parlerait pas de cette rencontre des fois que les biches du lac pourraient elles-aussi se retrouver dans les assiettes les jours de fête.

One Comment on “Première histoire suite…

  1. Chère Christiane,

    L’issue de cette rencontre avec la biche est sublîme…cette subtilité d’esprit me ravit.

    Kiwi

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