Au fil des jours, les cycles

Le cycle du primaire

Ma petite enfance se termine avec mon entrée à l’école. J’ai six ans, pour la première journée ,ma soeur Nicole m’accompagne avec ma mère. Ma mère croit qu’elle est asse grande et brillante pour commencer ses classes en même temps que moi. Je crois que Nicole voit les choses autrement, elle se met à pleurer quand ma mère quitte la classe et dit qu’elle reviendra nous chercher. Nicole aurait certainement pu faire sa première année en même temps que moi car nous avons les mêmes activité, nous savons toutes les deux les réponses au Petit catéchisme , nous savons compter jusqu’à 20 et nous pouvons rester sages.

De ces années du primaire il me reste quelques souvenirs, le premier qui me revient à l’esprit est celui où je suis en punition dans le corridor, parce que j’avais parlé. Je me sentais bien petite derrière la porte, j’ai honte aussi et je ne comprends pas pourquoi parler constitues une faute et amène une punition. En première année également, la religieuse qui nous enseignait avait composé une chanson dans laquelle chaque élève chantait son nom et sa qualité. Je ne me rappelle que le plaisir que j’ai eu à chanter avec mes amies devant toute l’école pour la visite de mère provinciale.

En deuxième année deux souvenirs tristes, le premier concerne ma professeur, elle criait énormément et donnait des claques à une élève qui visiblement de comprenait pas aussi rapidement que les autres. À chaque fois j’étais bouleversée et révoltée, je m’en voulais de ne rien dire et de la laisser faire, je voyais une grosse injustice. Puis elle a été remplacée par une autre enseignante, sans doute parce qu’elle était malade. Ce nouveau professeur n’était pas non plus très pédagogue. Un matin elle nous annonce que le soleil tourne autour de la terre. J’avais vu dans l’encyclopédie que c’était le contraire, je lève la main et lui en fait la remarque, elle pique une colère. La cloche sonne et je retourne chez moi pour dîner. À la maison, je vérifie que c’est bien la terre qui fait le tour du soleil, je m’assure que j’ai bien compris. Je retourne à l’école, la directrice, une religieuse, est dans la classe et me fait une sermon, je suis une tête croche, je ne dois pas contester l’autorité de l’enseignante, les adultes ont raison.

Je ne sais pas alors que Galilée a été confronté au même dilemme et qu’il a dû céder, il aurait pu être excommunié et soumis à la question des inquisiteurs. On rapporte qu’il aurait dit tout bas en sortant de son interrogatoire: « …et pourtant , elle tourne… » Pour ma part, je vis ce que je considère être une profonde injustice et une grande humiliation. C’est à ce moment que mes rapports avec l’autorité ont changé, je ne fais plus confiance aux adultes er je prends les moyens nécessaires pour vérifier la véracité de ce que l’on m’enseigne. Dès lors, je m’oppose aux exagérations et me porte à la défense des opinions divergentes. De plus, je place la connaissance comme valeur absolue. Pour le restant de la vie, je serai celle qui pose les questions, celle qui confronte, qui ouvre la bouche quand tous se taisent. À partir de ce moment, je mettrai souvent les pieds dans les plats.

En troisième année je fais la connaissance de Louise qui deviendra ma meilleure amie, Nous le sommes encore. Dans la classe nous occupons le même bureau deux places, nous sommes placées dans la dernière rangée. On s’écrit des mots, on se parle un peu dans le dos des professeurs. Je remarque tout de suite qu’elle est super intelligente et qu’elle comprend aussi vite que moi. Un jour la religieuse par ironie dit devant toute la classe « Comment peut-on arriver à cette réponse-là? », parlant d’une élève qui s’est trompée en calculant. Tout de suite Louise me dit qu’elle sait comment on peut reproduire cette erreur, elle m’explique et moi panier percé, sans doute pour me faire valoir, je lève la main et tente d’expliquer à mon tour, je n’y parviens pas. Pour ma plus grande honte.

Louise et moi sommes devenues inséparables, nous nous prêtons les livres de la bibliothèque rose, les signes de piste, les Sylvie et tout ce qui nous tombe sous la main. Dès que nous le pouvons nous jasons de mille choses, nous posons des questions et cherchons des réponses. A chaque fin d’année j’espère de toutes mes forces la retrouver dans ma classe l’année d’après.

Je vieillis tranquillement, lisant dans les manuels scolaires les pages non encore enseignées, trouvant ridicule l’éducation physique appelée gymnastique qui constituait à se lever et à se placer à côté de son bureau et à lever et descendre les bras, les recréations sont un vrai calvaire, on joue au ballon chasseur je suis toujours la première à mourir et me retrouver derrière la ligne de jeu. J’arrive enfin en septième année, fin du primaire, on a enfin le droit de danser comme activité physique.

Pendant les étés je m’ennuie royalement, nous avons eu nos recommandations de fin d’année qui consistent à rester décentes pour ne pas être des occasions de péché pour les garçons. C’est là que je me dis que les gars sont stupides et que leurs péchés ne nous regardent pas nous les filles. Il faut bien voir qu’au début des années 60, seuls les bermudas peuvent faire pécher, les corsages bretelles, les shorts ultra courts, les gilets bedaines ne sont pas encore inventés. Je regarde les garçons de mon âge à la communion solennelle, je ne leur trouve aucun intérêt et décidément je n’arrive pas à croire aux dangers auxquels les filles peuvent les exposer. Probablement qu’on nous met en garde contre les plus vieux mais jamais on ne nous explique ce qui peut nous arriver. Le consentement ne fait pas partie de notre éducation, on nous fait peur sans nous expliquer de quoi on doit se méfier. Je trouve déjà très suspect que les filles soient responsables des fautes des gars. Alors que l’on exige de nous une responsabilisation de tous les instants, jamais on exige d’eux qu’ils assument leurs actes. Je me dis que c’est pas mal facile pour eux et vraiment difficile pour nous. Puis, je passe au secondaire, je change d’école, j’arrive au couvent Sainte Agnès, j’ai eu 14 ans en juin.

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