Au fil des jours, les peines.

En regardant des photos, quand je suis petite, j’ai l’air un peu triste et timorée. Ma mère trouve que je suis pleurnicharde et portée à discuter. Je veux toujours savoir le pourquoi du pourquoi. Les enfants sont comme ça, les miens l’ont été. Je crois que j’étais un peu solitaire et que je cherchais mon grand-père Joseph, avec lequel j’avais passé mes 18 premiers mois. Ma mère m’a raconté qu’il était malade au lit et qu’avec sa canne il tirait ma bassinette près de son lit et qu’il me parlait continuellement. Je sais aussi parce que l’on me l’a raconté qu’à un an je tenais des conversations avec les grands.

Le jour de mon premier anniversaire, ma mère a accouché de ma soeur Nicole.  Le nouveau bébé prendra beaucoup de place dans la maison autant parce que les nourrissons ont besoin de beaucoup de soins que parce que ma petite soeur ne dort pas la nuit, qu’elle tient mon père et ma mère éveillés puisque sa couchette est placée à côté de leur lit.

A partir de cet anniversaire, mon premier, je suis déjà considérée comme une grande soeur.  Ma mère fait une crise de rhumatisme articulaire aigü. J’attrape son virus, il se loge dans mon coeur et détruit ma valve aortique et la mitrale. Ce n’est que beaucoup plus tard que j’apprendrai que mes valves sont à remplacer, à 48-49 ans.

À l’âge de 18 mois Pepére meurt. Ma vie change complètement, j’ai perdu mon compagnon de babillage, j’ai perdu sa présence si  aimante. ma grand-mère  est toujours triste, ma mère toujours fatiguée et occupée. Je me retrouve toute seule. J’ai dû vivre un véritable abandon. On me raconte que sur les planches où il est exposé, dans notre salon, je veux lui parler et il ne répond pas, il dort Pepére…

Voilà pourquoi  je suis triste et pleurnicharde durant ma petite enfance .Naturellement je ne sais pas, enfant, pourquoi je suis ainsi. C’est en réfléchissant au vide profond que j’ai ressenti la plus grande partie de ma vie que j’ai fini par décoder qu’à peine arrivée au monde j’ai dû  rapidement faire des deuils. Même une enfant, un bébé peut avoir tellement de peine qu’il ne sait pas comment l’exprimer. Je pense qu’on n’avait pas le temps, dans cette maison endeuillée, de consoler un bébé. Je pense même qu’à cette époque on ne croyait pas que les petits pouvaient souffrir autant que les adultes.

Sur les photos, elle a l’air triste et timorée.

Au fil des jours, une bribe de passé

J’ai vécu dans l’angoisse durant toute mon enfance. Plusieurs choses me faisaient peur. Il y avait d’abord le cri strident de la sirène de l’usine  Donnacona Paper, qui à seize heures avertissait la population de l’imminence de l’échappement dans l’air de vapeurs toxiques. Dès que la sirène se faisait entendre nous courrions tous dans la maison et ma mère fermait les fenêtres car respirer cet air nous faisait tousser. En plus de cet  air empoisonné, l’usine laissait échapper de ses cheminées d’immenses nuages de vapeur. Je croyais que c’était la fin du monde, annoncée dans le grand catéchisme en images de ma grand-mère, où l’on voyait des hommes et des femmes tous nus brûlant dans l’enfer, où une horloge disait pour l’éternité  « Toujours, jamais ».

Lorsque je suis allée à l’école primaire, la fumée de l’usine continuait de me créer des angoisses, en plus c’était l’époque de la guerre froide et la radio diffusait des conseils de sécurité en cas de guerre nucléaire. On nous demandait de nous créer des abris afin de nous protéger. Nous n’étions pas assez riches pour construire un tel abri et mon père m’avait expliqué que ces abris étaient inutiles car après la bombe, si nous étions toujours en vie, plus rien ne serait bon à manger puisque tout serait contaminé.

J’avais encore deux bonnes raisons de vivre de l’angoisse la première étant que nous manquions toujours d’argent ou bien nous étions sur le point d’en manquer. Le soir lorsque nous étions couchés, mes parents discutaient entre eux. Je cherchais continuellement des moyens de leur venir en aide et pensait qu’il fallait qu’on demande moins à nos parents.

Enfin, ma mère était malade et se retrouvait souvent à l’hôpital, il fallait ne pas la fatiguer, être tranquille.  Je n’étais pas capable de rester tranquille, alors je craignais que par ma faute elle soit encore plus souffrante, qu’elle finisse par mourir.

 

Frissons et vertiges…

Qui sommes-nous dans l’univers, et je ne songe même pas à notre insignifiance dans ce gigantesque cosmos qui a eu un commencement et devrait avoir une fin aussi, je pense surtout au temps de vie consciente qui nous est imparti, sur l’ensemble du déploiement de l’univers. Le vertige m’envahit quand je pense à la théorie des cordes qui tente de nous expliquer comment tout fonctionne avec une réalité à multiples dimensions. Le trouble m’étreint lorsque je considère que ce que je crois être du dur comme les montagnes, le soleil, la chaise sur laquelle je suis assise sont bien loin de la dureté que je leur confère , ce ne sont en fait qu’une multitude de vibrations, plus ou moins hautes.  Ces vibrations leur  attribuent  leur réalité, dans l’univers que j’habite.

Il me faut bien réajuster mon point de vue, le monde que je considère comme bien réel, celui que je perçois est bien réel pour moi seulement je suis incapable d’embrasser toute la réalité du grand univers en expansion dans l’espace et dans le temps. Parlant du temps, lui aussi me donne de quoi perdre pied car le seul temps qui est pour moi et pour chacun de nous c’est l’instant présent, et cet instant ne dure que le temps présent, une fois vécu il est déjà dans le passé. Alors il est bien possible que la seule réalité qui soit est celle que notre conscience perçoit et qu’elle n’existe que dans le moment présent. Que seul le moment présent existe. 

Mais cette existence en est une dans notre tête, une que notre cerveau a décryptée. C’est une pensée.  Alors : le : ‘Je pense donc je suis ‘ de Pascal  prend une tout autre signification.  Quelque chose comme ma propre existence est le fruit d’une opération de mon cerveau, conçu pour me faire prendre conscience.

Voici ce dont nous discutions hier en fin d’après-midi, entre filles essayant de comprendre un petit peu  notre place dans l’univers. Savourant les vertiges. Nous habitons peut-être dans une réalité virtuelle, une certaine dimension, dans certaines vibrations dont pour beaucoup d’entre elles,  nous ne sommes pas équipés pour les percevoir.

L’abondance

Ce matin, les idées foisonnent et veulent se tirer sur la toile. Je ne sais pas vraiment quoi choisir. D’abord l’abondance vient me dire parle de moi, puis un rêve que j’ai fait me tente aussi. il parlait des nombreuses facettes de ma personnalité, le changement d’heure véritable descente dans la noirceur voudrait bien se montrer et enfin, le 21 décembre qui s’en vient et allongera la lumière dans les jours demanderait aussi une place au soleil. Tellement d’abondance dont il me faudra me souvenir les matin où les mains sur le clavier, rien ne voudra se présenter.

Je choisis l’abondance car elle s’impose vraiment. Quand on vit dans l’abondance on ne s’en rends pas vraiment compte. Ce n’est qu’en revoyant les nombreuses rencontres faites hier que j’en ai réalisé  toute   la richesse. En réfléchissant davantage j’ai constaté que ma vie est pleine d’amitiés de toutes sortes, amitiés nouvelles ou de longue date. J’ai plus de 60 années d’amitié avec mon amie d’enfance, 40 ans avec mes voisins français   venus  passer une année au  Québec, 25 ans avec mes amis bosniaques réfugiés de guerre au Canada. Ces amitiés sont une des richesses de ma vie, elles m’accompagnent au fil du temps. Je me sens très riche, comblée.  Le temps passant, les sillons d’amour tracent les chemins du coeur à l’autre.

Au fil des jours

Le début

 

Je pense parfois que je suis arrivée sur terre un peu à reculons. Je dis cela car je suis la première de ma famille et ma mère avait déjà fait deux fausses couches. Selon certaines croyances, les âmes s’incarnent quand elles le désirent, dans la famille qu’elles ont choisie. Pour ma part, je crois que j’ai une âme qui dans un univers qui ressemble à l’univers quantique, fait ses propres choix et a un plan pour l’expérience qu’elle désire.

Je suis contente que cette fois  j’ai pu entreprendre ce voyage car il m’a permis de faire la rencontre de mon grand-père Joseph à qui j’ai pu sourire jusqu’à la fin de sa vie. Puis il s’est éteint, devant son cercueil, la petite fille  de 18 mois, inquiète, disait: ‘il dort pépé’.  Pendant des années je me suis demandé pourquoi je traînais une grosse peine dans mon coeur. J’ai fini par comprendre  que j’avais enregistré ce deuil comme un abandon. J’ai été inconsolable et pleurnicharde toute mon enfance et même aujourd’hui, parfois, une dose de chagrin m’envahit, une petit bouffée de tristesse m’étreint , je suis certaine que l’on se console pas vraiment d’un amour perdu.