Ma mère en pleine lumière et dans tous ses états

C’est dimanche, je revois un vieux film, une comédie musicale où des danseurs tournent et tournent sur une musique qui accompagne la trame de l’intrigue; mon esprit s’échappe un instant, dans un bruissement, ma mère m’est révélée dans toute sa splendeur.

Ma mère est une artiste une comédienne et une danseuse infatiguable, un véritable caméléon qui a cahngé de visage et de personnage à tous les âge de sa vie et de notre propre vie à nous ses enfants. La grand-mère qu’elle a été n’a rien à vpir avec la mère de notre enfance, le leadership qu’elle a exercé dans son âge d’or nous as surpris tout autant que son bénévolat exercé jusqu’aux dernier jours de sa vie.

Ma mère est une femme exceptionnelle, une femme moderne avant la modernité, une fine psychologue alors que cette science n’est pas accessible et répendue, une femme à la mode et qui s’habille jeune et qui se trouve belle et aime qu’on lui dise.

Une histoire de suisses

Ce matin-là mamie était jasante et la petite fille apprit beaucoup de choses sur sa maman qui était la fille de sa mamie, et sur les raisons pour lesquelles elles vivaient dans un presque bois, à côté du lac.  L’histoire commençait comme toutes les autres par un «  il était une fois…»

Il était  donc une fois, quand sa maman était une jeune étudiante, il était une fois sa maman qui avait entrepris d’étudier comment les suisses pouvaient retrouver leur maison quand ils en étaient très éloignés.  Pour savoir comment ils faisaient cela, il fallait que ta maman attrape des suisses, leur pose un genre de GPS sur le dos et les amène très loin afin qu’ils se sentent perdus et qu’elle les suive avec un détecteur GPS afin qu’elle sache vraiment comment ils font.

Cet été-là ta maman avait donc passé tout son temps au chalet à chercher des suisses et à les perdre et les retrouver autour du chalet.  Pour ses randonnées elle devait porter une antenne afin de capter les signaux que les suisse émettaient car elle leur avait posé un appareil sur le dos pour qu’ils ne soient pas complètement perdus, enfin pour pouvoir les retrouver.  Elle portait également de l’huile pour éloigner les mouches et même un chapeau en filet comme un véritable explorateur.  Tu sais ma petite ta maman a toujours eu un coeur d’explorateur.

-Je pense que c’est pour cela que tu aimes toi aussi les écureuils et les suisses et te promener dans le petit bois.

Toujours est-il qu’à force de chercher et de perdre des suisses et de les retrouver, ta maman s’était aperçue que les suisses quand ils sont très loin, commencent afin de retrouver leur chemin à faire de grands cercles autour de l’endroit où ils se trouvent et à un moment donné, ils partent dans la bonne direction, sans se tromper et rentrent chez eux d’une traite. Ils ont retrouvé leur chemin.  Je pense que si nous étions plus près de la nature nous aussi nous pourrions retrouver notre chemin quand nous nous sentons perdus.

Ta maman avait beau les lâcher très loin de chez eux ils revenaient et je crois bien qu’il riaient de ta maman avec son huile à mouches et son antenne.  Ils pensaient sans doute que c’était elle qui avait besoin d’un GPS car les suisses en savent davantage sur l’endroit où ils se trouvent que les plupart des gens qui vivent loin de la nature en plus, ils écoutent et comprennent tous les bruits de la terre et du ciel.  Les chanceux!

Et ma mamie ajouta :« Toi aussi ma belle tu es chanceuse de vivre si près des suisses.» Après sa mamie lui dit un secret pour qu’elle soit mieux dans la vie: «Quand tu seras triste et que tu penseras que tu es perdue, pense aux suisses ils retrouvent toujours leur chemin et jamais ils ne te feront de la peine.»

Il fait trop beau

Ce matin les diamants dansent sur le lac et le  vent dans le grand pin balance la branche parasol qui abrite mes parties de Scrabble.  Je ne sais pas encore de quoi ma journée sera faite, le chevalet est toujours caché derrière la porte de la chambre et les couleurs dorment dans le fond du sac.  J’attends comme je l’ai déjà expliqué l’espace mental nécessaire pour entreprendre une peinture car peindre c’est une entreprise de longue haleine.  Le projet fait tranquillement son chemin, les fleurs à peindre commencent à m’ensorceler et si j’ouvrais mon livre je crois bien que je ne résisterais pas.

Durant ma marche j’ai pu constater que les grands vents ont obligé des bernaches à  camper dans des champs de la vallée.  Elles ont pour l’occasion chassé les corneilles qui bien sûr ont protesté et protestent encore j’en suis persuadée.  Les marguerites  fleurissent les champs qui il y a quelques jours affichaient des pissenlits.  Sur le bord de la route, les fraises sucrées sont sorties et se laissent cueillir.  Bientôt, les petites fleurs oranges vont occuper tout le paysage et ainsi la nature va renouveler son visage.  Des fois je marche sans regarder, parfois je pense qu’il ne se passe rien dans ma vie.  Il me faut me rendre à l’évidence, autour de moi tout bouge tout change, je dois tout juste ouvrir les yeux.  Regarder avec un oeil neuf.

Conte de Noël

Légende urbains

Deux grands yeux profonds, des cernes lui dévorant le visage, une maigreur épouvantable. C’est ainsi qu’elle m’apparût la première fois. Elle avait les mains rougies par le froid et dans la file qui attendait l’ouverture de la cantine, elle se balançait d’une jambe à l’autre. Comme tous les autres, elle avait faim et l’assiette qu’on lui servirait serait sans doute son seul vrai repas de la journée. On ne pouvait pas dire qu’elle était jolie. Son linge lui moulait le corps et pour plusieurs, elle représentait la fugueuse qui pour survivre se prostituait. Je fis comme je fais pour tout le monde, je lui souris et lui dis bonjour.

Comme les autres, elle ne me voyait pas mais cela n’avait aucune importance, je n’étais pas là pour nouer des relations mais juste pour servir de la soupe et une assiette chaude. Une fois assis à leur table, la plupart en dégelant commençaient à se détendre et à s’intéresser un peu à ce qui se passait autour d’eux. A la chaleur, devant un repas, l’humanité revenait.

Cela se sentait dans le fait qu’il n’y avait plus de bousculade et que certains parlaient. Avec son plateau elle se déplaçait vers une table, je m’aperçus qu’elle était enceinte.Sa grossesse était avancée, au jugé, au huitième mois. Je me suis demandée comment il se faisait qu’elle soit encore dans la rue et ce qu’elle faisait là.La rue n’est pas pour les enfants et pourtant, ils sont bien nombreux à s’y retrouver. De mon poste, en servant les dîners, je suis toujours surprise de les voir s’agglutiner devant la porte pour être les premiers à se faufiler dans la salle. En préparant leur soupe je m’effraie moi-même de les voir de plus en plus jeunes, de plus en plus malheureux. Ils sont bien souffrants et souvent, si je n’avais pas appris à les connaître, ils me feraient peur avec leurs tatouages, leurs nez, oreilles, sourcils et bouches percés et décorés de ces horreurs dont ils se parent. Elle était nouvelle à la soupe, elle se mit à l’écart, solitaire. Elle avait pris un sac qu’elle remplit avec la pomme et le muffin pour emporter que l’on permettait de prendre pour après. J’ai eu le goût de lui offrir de venir se chercher une paire de bas ou un gilet peut-être un manteau plus chaud mais je n’en fis rien. J’avais depuis longtemps perdu l’attitude condescendante et paternaliste qui était mienne lorsque j’étais arrivée au centre comme bénévole. A ce moment-là, je croyais que l’on pouvait vraiment aider les autres jeunes et vieux, les aider contre leur gré s’il le fallait.

Depuis le temps que je coupais les carottes pour la soupe, depuis le temps que je servais cette même soupe avec un sourire et un bonjour rarement rendu, mes illusions sur le service que je pouvais rendre et la misère que nous étions en mesure de soulager avaient fondus comme neige au soleil. Chaque jour que le bon Dieu faisait, de nouveaux oubliés et de nouveaux pauvres de plus en plus jeunes venaient frapper à nos portes.

Souvent, les jours où je me prenais pour Dieu, je finissais par croire que tout cela n’avait pas de fin. Mais pour cette petite, qui , maintenant venait chaque jour et à qui je refilais une orange ou une pomme il me semblait que cette situation n’avait pas de sens. Je ne pouvais pas accepter de la voir ainsi, les mains gelées, pas de foulard même si on lui en avait donné un, avec ses espadrilles au lieu de bottes, la cigarette au bec et ces horribles bijoux qui la défiguraient. Plus sa grossesse se développait plus elle maigrissait, au point que l’on ne voyait plus que son bedon énorme difforme. Curieusement, dans la cantine, cette grossesse avait fini par symboliser l’espoir, en dépit de toute raison, la plupart des sans abri à qui nous servions un repas attendaient cet enfant à naître. Sauvage, la petite ne laissait personne s’apitoyer sur son sort. Je crois que contre toute attente, certains retrouvaient un semblant d’humanité. C’est comme si, subitement, plusieurs acceptaient de prendre soin à nouveau, acceptaient la projection et une forme de foi pas dans l’avenir mais juste dans demain. Les échanges étaient moins agressifs, on lui réservait souvent la meilleure place, celle le plus loin de la porte, en dehors des courants d’air. On la faisait passer dans la file d’attente et elle rentrait la première. Les regards étaient moins durs, j’en surprenais qui lui disaient un mot. Je crois que tous, subitement redécouvraient qu’ils étaient plus que leur misère, plus que leurs frustrations plus que la somme de leur malchance. Et puis on ne la revit plus. Notre petite ne revint pas. Il faisait froid à pierre fendre, on était tous inquiets. Le miracle s’était bien produit, un enfant avait changé nos cœurs. Quelqu’un quelque part a raconté que notre petite avait été ramassée par la police et qu’elle avait été amenée à l’hôpital. Dehors en ces jours de fin décembre nous respirions mieux, elle était au chaud avec le petit, le miracle. C’était Noël. Et j’ai remercié le ciel qu’elle ne soit pas morte dans ces immondes piqueries, victime d’une overdose de misère, son petit cœur vraiment en manque. Et si les enfants, tous les enfants, comme il y a deux mille ans, étaient là juste pour attendrir nos cœurs de pierre. Et si, pour nous qui ne sommes pas encore et totalement humains, la souffrance des enfants n’existait que pour que nous parvenions à l’humanité. ‘J’avais froid et j’avais faim, tu t’es penché sur moi et tu m’as souri et j’ai senti que j’étais aimé’. Jamais plus je ne serai pareil. VOILÀ LE MIRACLE!

Le début de toutes les histoire de mamie à ses petites filles

Lac-Ritalac Rita

Il était une fois, dans un pays très lointain, une petite fille qui marchait tranquillement en pensant à son chat et à des galettes que sa Mamie lui avait faites.  Il faisait beau cette journée-là et les petits oiseaux gasouillaient  dans les arbres.  De temps en temps, elle s’arrêtait  pour cueillir une fleur ou écouter des bruits nouveaux.  Elle se sentait bien en sécurité sur le petit chemin qui allait de sa maison à celle de ses grands-parents et qui passait par  le petit bois.

Elle connaissait tout sur ce chemin, le nombre de sapins, les trois grands pins qui servaient de cachettes aux écureuils.   Elle avait appris que dans les arbres morts, vivaient quantité de nouveaux locataires, un gentil tamia à qui elle apportait des arachides.  À chaque promenade, elle faisait de nouvelles découvertes.  Quand elle arrivait au bord du lac elle avait toujours quantité de questions à poser à son grand-père tant de choses à raconter à tout le monde.

On pouvait dire que cette petite fille était heureuse.  Elle vivait sa vie, sous le beau ciel bleu, sous les grands arbres au bord du lac où elle jasait avec les canards qu’elle avait elle-même baptisés.  En buvant son verre de lait et en mangeant une galette à la mélasse elle rêvait pendant que sa grand-mère tricottait une paire de bas multicolore.